Le marché automobile français en janvier 2026 : entre leasing social et demande naturelle en berne

Le marché automobile français a entamé l’année 2026 sur une note particulièrement morose. Avec 107 157 immatriculations de voitures particulières neuves en janvier, les ventes reculent de 6,55 % par rapport au même mois de 2025 . Un niveau inédit depuis quinze ans, hors l’épisode exceptionnel de la crise des semi‑conducteurs de 2022 .
Derrière cette contre‑performance se cachent pourtant des disparités saisissantes. D’un côté, les véhicules électriques signent un record historique à 28 % de parts de marché, portés par le leasing social et les aides publiques .
De l’autre, la demande des particuliers et des entreprises s’effrite, tandis que le diesel et l’essence poursuivent leur dégringolade. Décryptage d’un début d’année paradoxal, entre électrification forcée et marché en berne.
Un marché au plus bas depuis 15 ans
Des volumes en chute libre
Janvier 2026 a compté un jour ouvrable de moins que janvier 2025 (21 jours contre 22), ce qui amplifie mécaniquement la baisse. En données corrigées, le repli se limite à – 2,1 % – un chiffre qui reste toutefois très préoccupant pour la filière .
Surtout, la tendance s’inscrit dans une contraction structurelle durable. En 2019, la France immatriculait encore 2,2 millions de voitures neuves par an. En 2025, le volume total est tombé à 1,63 million, soit 580 000 véhicules de moins en six ans . Janvier 2026 confirme cette hémorragie, avec un niveau de ventes inférieur de plus de 30 % à celui d’avant‑crise .
Des prix qui freinent les ménages
Dans ce contexte, l’inflation et les prix élevés pèsent lourdement sur la décision d’achat. Selon AAA Data, le prix moyen d’une voiture neuve essence atteint 25 657 euros, tandis qu’un modèle électrique culmine à 42 992 euros . Un écart considérable qui explique l’attentisme des ménages, d’autant que l’inflation favorise l’épargne au détriment des achats contraints.
Les arbitrages sont d’autant plus difficiles que la location longue durée (LLD) progresse, mais sans compenser la chute des ventes traditionnelles .
Les constructeurs : Renault en forme, Stellantis résiste, Dacia s’effondre
Le groupe Renault : une exception française
Au sein d’un marché morose, Renault tire son épingle du jeu. Le groupe affiche une progression de + 1,1 % sur un an, porté par une hausse spectaculaire de la marque au losange : + 20,7 % . Alpine enregistre également une croissance de + 6,1 % .
À l’inverse, Dacia s’effondre de 33,9 % , une chute brutale qui s’explique en partie par le renouvellement de la Sandero et par l’absence de modèles électriques éligibles au leasing social.
Au total, le groupe Renault représente 26,4 % du marché français en janvier, derrière Stellantis mais devant Volkswagen .
Stellantis : une résistance à deux vitesses
Stellantis limite les dégâts avec un recul limité à – 2,7 % . Derrière ce chiffre agrégé se cachent des performances contrastées :
Peugeot : – 8,2 %
Citroën : + 2,8 %
Fiat : + 21,6 % (porté par la Grande Panda)
DS : – 13,5 %
Alfa Romeo : – 14,3 %
Avec 32,3 % de part de marché, Stellantis reste le premier vendeur de voitures neuves en France, mais sa domination est fragilisée par l’essoufflement de ses marques généralistes .
Les autres : Toyota en repli, Tesla dégringole
La performance des autres constructeurs est très contrastée :
Groupe Volkswagen : – 7,2 %
Toyota : – 12,7 %
BMW : – 24 %
Mercedes : + 15,5 %
Tesla : – 42,1 %
Le recul spectaculaire de Tesla s’explique notamment par l’absence de modèle éligible au leasing social et par un effet de vagues dans les livraisons. Le Model Y n’est que 45e des ventes en janvier, la Model 3 disparaissant même du top 100 .
Les modèles les plus vendus : la Clio reste reine, la R5 électrique s’impose
Top 10 des ventes (particuliers, toutes énergies)
Rang | Modèle | Ventes janvier 2026 |
|---|---|---|
1 | Renault Clio | 4 486 |
2 | Renault 5 E-Tech | 3 952 |
3 | Peugeot 208 | 3 026 |
4 | Citroën C3 | 2 621 |
5 | Dacia Sandero | 2 392 |
6 | Renault Captur | 1 880 |
7 | Peugeot 2008 | 1 617 |
8 | Toyota Yaris | 1 539 |
9 | Toyota Yaris Cross | 1 476 |
10 | Dacia Duster | 1 333 |
Source : CCFA/AAA Data
La Renault Clio confirme sa position de leader avec une hausse de + 52,4 % sur un an . Mais la grande surprise vient de la Renault 5 E-Tech, qui s’installe directement à la deuxième place avec 3 952 ventes, soit une progression de + 51 % par rapport à janvier 2025 .
La Peugeot 208 complète le podium avec 3 026 ventes, en hausse de + 23,6 % . Un podium 100 % français, signe que les constructeurs nationaux restent plébiscités par les acheteurs hexagonaux.
Top 10 des ventes électriques
Rang | Modèle | Ventes janvier 2026 |
|---|---|---|
1 | Renault 5 E-Tech | 3 952 |
2 | Renault Scénic E-Tech | 1 945 |
3 | Peugeot 208 | 1 666 |
4 | Citroën ë-C3 | 1 453 |
5 | Peugeot 2008 | 1 069 |
6 | Renault Mégane E-Tech | 1 007 |
7 | Renault 4 E-Tech | 925 |
8 | Volkswagen ID.4 | 887 |
9 | Skoda Elroq | 856 |
10 | Peugeot 3008 | 807 |
Source : CCFA/AAA Data
Le succès de la R5 électrique est incontestable. Produite à Douai, elle représente à elle seule près de 12 % du marché électrique français. Derrière, le Renault Scénic confirme sa place de SUV familial électrique de référence.
L’électrique à 28 % de parts de marché : un record trompeur ?
Une progression spectaculaire mais artificielle ?
Janvier 2026 marque un record absolu pour la voiture électrique, avec 28,3 % des immatriculations . En volume, la progression atteint + 52 % par rapport à janvier 2025 .
Pourtant, ce bond spectaculaire ne traduit pas une véritable demande spontanée des consommateurs. Selon la Plateforme automobile (PFA) et AAA Data, il résulte principalement de deux facteurs :
L’effet du leasing social : les modèles éligibles (R5, Scénic, ë-C3, etc.) concentrent l’essentiel des volumes.
La pression réglementaire sur les flottes d’entreprises : les sociétés anticipent les obligations de décarbonation .
Le patron de Stellantis Europe résume le paradoxe : « Je n’observe pas de demande naturelle pour les véhicules électriques. » Sans aides publiques, le marché s’effondrerait.
Les hybrides dominent toujours
Si l’électrique progresse, les hybrides (toutes technologies confondues) restent largement majoritaires avec 52,3 % du marché . Dans le détail :
Hybrides simples (HEV) et micro‑hybrides : 47,8 %
Hybrides rechargeables (PHEV) : 4,5 %
Les PHEV pâtissent du malus masse français, qui pénalise les véhicules lourds .
Le diesel et l’essence s’effondrent
La chute des motorisations thermiques se poursuit :
Essence : 14,3 % du marché (contre 26,1 % un an plus tôt)
Diesel : 2,4 % (à peine)
GPL : 2,5 %
Une tendance structurelle qui devrait se renforcer avec l’interdiction des véhicules thermiques neufs programmée pour 2035.
Particuliers vs entreprises : une fracture inquiétante
Les particuliers résistent… grâce au leasing social
Contre toute attente, les immatriculations des particuliers ne reculent que de – 1,4 % en janvier . Ce maintien s’explique presque exclusivement par le leasing social, qui a permis à des ménages modestes d’accéder à des électriques neuves à des loyers très attractifs.
Sans ce dispositif, le marché des particuliers aurait lui aussi plongé .
Les entreprises et loueurs se retirent
La situation est bien plus sombre du côté des entreprises :
Immatriculations des sociétés : – 17,5 %
Loueurs courte durée : – 14,6 %
Ce recul traduit une rationalisation des flottes dans un contexte économique incertain et une anticipation des nouvelles normes de gestion de parc .
Conclusion : un marché qui se vide, une électrique qui avance à marche forcée
Janvier 2026 dresse le portrait d’un marché automobile français paradoxal.
D’un côté, la contraction se poursuit. Les volumes sont au plus bas depuis quinze ans, les prix restent élevés, les ménages arbitrent en faveur de l’épargne, et les entreprises réduisent leurs flottes. La barre des 1,6 million de ventes annuelles pourrait être franchie à la baisse en 2026.
De l’autre, la transition électrique s’emballe. Avec 28 % de parts de marché, l’électrique signe un record historique. Mais cette progression est largement artificielle, portée par le leasing social et les contraintes réglementaires sur les flottes. La demande naturelle, elle, reste en berne.
Ce qu’il faut retenir :
Le marché recule de 6,55 % en janvier, un plus bas depuis 15 ans .
Renault tire son épingle du jeu (+1,1 %), grâce au succès de la Clio et de la R5 électrique. Dacia s’effondre (–33,9 %) .
La R5 électrique s’impose comme la deuxième voiture la plus vendue toutes énergies confondues, avec près de 4 000 exemplaires .
L’électrique atteint 28 % de parts de marché, un record, mais porté par les aides publiques .
Les hybrides dominent avec 52,3 % du marché, tandis que l’essence (14,3 %) et le diesel (2,4 %) poursuivent leur chute .
Les entreprises réduisent leurs achats (–17,5 %), tandis que les particuliers résistent grâce au leasing social .
Alors que le gouvernement réfléchit à l’avenir du leasing social après 2026, une question demeure : que restera-t-il de la croissance électrique quand les aides s’éteindront ?


